D’ici sept générations, quelqu’un comptera sur vous

Pensez aux membres de votre famille il y a sept générations et d’ici sept générations. Vous ne les rencontrerez jamais. Vous ne connaissez peut-être pas leurs noms, mais vous avez vos raisons de les remercier. Au fond de vous, vous savez quel genre de monde vous espérez pour les enfants de vos petits-enfants et pour les générations suivantes.

Selon les enseignements de nombreuses communautés autochtones, nous avons la responsabilité à la fois d’honorer ce que nos ancêtres nous ont légué et de préparer la suite pour les générations futures.

Sept générations?

Je n’ai pas grandi avec ce concept. Je l’ai découvert en menant des recherches, en lisant ainsi qu’en discutant avec les organismes autochtones partenaires de Volonté de faire et d’autres experts.

Il existe des centaines de cultures, de langues et de systèmes de gouvernance autochtones distincts. Chacun a ses propres enseignements et traditions. Vous avez peut-être déjà entendu parler du principe des « sept générations », qui est issu des enseignements des Haudenosaunee.

« Le principe des sept générations repose sur une ancienne philosophie Haudenosaunee (iroquoise) », explique Bob Joseph, fondateur d’Indigenous Corporate Training Inc. « Elle (la philosophie) enseigne que les décisions que nous prenons aujourd’hui devraient léguer un monde durable aux sept prochaines générations. » Bob, chef héréditaire d’un clan[PCM1]  de la Tribu de Gwawaenuk, une nation des Kwakwaka’wakw2, fait remonter cette philosophie à la Grande Loi de la Confédération Haudenosaunee.

Personne n’est arrivé là tout seul

Si nous remontons sept générations en arrière, nous constatons qu’aucun d’entre nous n’a construit à lui seul tout ce que nous possédons aujourd’hui. Nos ancêtres ont travaillé fort pour nous offrir les possibilités dont nous bénéficions. Nous avons grandi dans les quartiers qu’ils ont développés, nous avons appris dans les écoles qu’ils ont financées, nous roulons sur les routes qu’ils ont aménagées.

Une partie de ce dont nous avons hérité a été acquise au prix de sacrifices consentis par d’autres : les terres sur lesquelles la plupart d’entre nous vivent ont été prises aux peuples autochtones. Et dans ce même pays où la plupart d’entre nous peuvent ouvrir un robinet sans se poser de question, de nombreuses communautés des Premières Nations ne disposent toujours pas de l’eau potable.

Pour Aimee Bailey, aînée et gardienne du savoir des Algonquins de Pikwàkanagàn et porte-parole fondatrice de The Circle of Turtle Lodge, remonter sept générations en arrière revient à faire face à ce que ses ancêtres ont perdu. Regarder vers l’avant, c’est imaginer un avenir différent pour ses descendants :

« Notre territoire a été “découvert” par Champlain en 1613, ce qui en fait celui qui a le plus souffert de la colonisation au Canada. Pourtant, nous n’avons pas de traité. Nos terres ont tout simplement été cédées à des colons venus d’Europe, ce qui a contraint la septième génération de nos ancêtres à se replier sur un minuscule lopin de terre impropre à l’agriculture. Nos descendants aspirent à un avenir plus équilibré, où nous vivrons en harmonie avec ceux qui partagent nos terres. »

Tout cela n’est pas facile à accepter, mais c’est vrai. Et c’est le point de départ d’une réflexion que je mène depuis quelque temps : la réciprocité.

Le potlatch, le ningiqtuq et la réciprocité

« Réciprocité » est un terme qui en dit long. On le voit dans les discussions sérieuses. Ce qui a retenu mon attention ces derniers temps, c’est le lien entre la générosité et la réciprocité.

La Kw’umut Lelum Foundation mentionne que les aînés et les détenteurs de savoirs des Salish de la côte enseignent que « donner, c’est faire partager nos capacités et nos ressources. [Cela répond à] notre responsabilité collective de garantir une coexistence mutuellement bénéfique. »

D’après mon expérience, le don est souvent considéré comme un geste de gentillesse, quelque chose de volontaire qu’on fait lorsqu’on ressent le besoin d’aider. La réciprocité, ce n’est pas ça. Elle considère le don comme une responsabilité qui nous incombe à tous.

Chez les Premières Nations de la côte, le potlatch est une cérémonie qui repose sur ce principe. On attend de celui qui possède le plus qu’il donne le plus. La richesse qui n’est pas partagée n’est pas une richesse. Ce n’est qu’un ramassis sans importance.

Chez les Inuits, il existe un concept similaire : le ningiqtuq, c’est-à-dire le partage de la nourriture et des ressources au sein d’une communauté. Par exemple, le gibier qu’un chasseur ramène à la maison nourrit plusieurs personnes. On ne tient pas le compte, tout le monde mange.

C’est ici que je vous encourage à revoir votre façon penser en utilisant ces enseignements.

Pensez au soutien que vous avez reçu ou qui vous a permis d’être là où vous êtes – une personne, un lieu, un programme, une terre. Tournez-vous vers l’avenir : y a-t-il quelqu’un ou quelque chose que vous souhaitiez soutenir à votre tour longtemps après votre départ?

Les décisions que nous prenons aujourd’hui par rapport à nos richesses – notre patrimoine – auront des répercussions sur les sept prochaines générations.

Qu’est-ce qui constitue une richesse?

On a tendance à voir les richesses comme quelque chose qu’il faut accumuler pour soi, pour la famille, voire pour le prestige. Les principes autochtones m’ont amenée à penser que le partage avec autrui est, en soi, une forme de richesse.

Pour le chef John Elliott, président de la Kw’umut Lelum Foundation, « c’est en ayant la capacité d’agir pour changer nos vies et de soutenir nos communautés, en nous appuyant sur nos connaissances, nos expériences et notre compréhension du lien qui nous unit aux autres et à la terre, que nous pouvons favoriser une prospérité sociale et économique ».

De la générosité à la responsabilité

Les enseignements autochtones, en particulier le principe des sept générations, considèrent comme une responsabilité de rendre la pareille. Il ne s’agit pas de culpabilité ni de dette à rembourser, mais d’un devoir qui découle du fait d’avoir reçu quelque chose.

C’est ici que vous entrez en jeu.

Les dons de bienfaisance sont un moyen d’exprimer la réciprocité. Pour beaucoup de gens, ils sont déjà étroitement liés à quelque chose de profond : rendre hommage à ses ancêtres, incarner les valeurs de sa communauté, agir selon sa foi ou, tout simplement, être soi-même. On souhaite soutenir des causes importantes pour soi. On souhaite léguer quelque chose qui a du sens et montrer l’exemple à ses enfants et ses petits-enfants.

En quoi cela concerne-t-il votre testament?

La plupart des gens disposent déjà d’un moyen d’exprimer la réciprocité, quelque part dans un tiroir : un testament.

Ce qui surprend souvent, c’est qu’il ne s’agit pas nécessairement d’un document réservé à la famille. Vous pouvez y laisser des dons aux causes et aux communautés qui ont contribué à votre vie, et ainsi préserver ce qui vous tient à cœur pour les générations à venir.

Pour RAVEN, un organisme finançant des actions judiciaires menées par des Autochtones pour protéger les terres et l’eau, « le don intergénérationnel est un geste de bienveillance qui repose sur la conviction que ce que nous léguons contribuera à façonner un avenir que nous ne verrons peut-être jamais. C’est bien plus que de l’argent : c’est l’occasion de choisir comment nos valeurs continueront d’avoir un impact pendant de nombreuses années. »

Le don testamentaire vous permet d’apporter votre contribution, si petite soit-elle à l’heure actuelle. Plus qu’un simple don, c’est un message chargé de valeurs adressé à ceux qui viendront après vous, une lettre à vos proches dans laquelle vous dites : « Je te transmets ce que j’ai bâti. Tu en bénéficieras, et une partie servira à aider les autres. »

Désigner un organisme de bienfaisance dans votre testament

Tout ce que vous devez savoir.

Un mouvement, pas un moment

Le 30 septembre marque la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada. Pour moi, la réciprocité et la réconciliation sont liées.

Selon le Centre national pour la vérité et la réconciliation, la réconciliation n’est pas un moment ponctuel, mais un mouvement porté par tous ceux qui sont prêts à écouter, à apprendre et à agir.

Le rapport final de 2015 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada en parle concrètement : une véritable réconciliation passe par la prise de conscience du passé, la reconnaissance des torts causés, l’expiation et un changement des comportements pour l’avenir.

Qu’allez-vous changer?

Il n’est pas nécessaire d’être riche pour faire un don testamentaire. Vous n’avez pas non plus à choisir entre votre famille et une cause qui vous tient à cœur. Même un petit pourcentage de votre succession, en plus de ce que vous léguez à vos proches, peut changer les choses. La plupart des testaments comportent déjà plusieurs bénéficiaires. Un organisme de bienfaisance peut tout simplement être un nom de plus sur cette liste.

Quelle que soit la cause qui vous tient à cœur, la réciprocité au moyen de votre testament se fait très simplement : choisissez un organisme, déterminez le montant qui vous semble approprié, puis réévaluez-le au fur et à mesure que votre situation évolue.

Ce qu’il en est pour vous et vos legs

La réciprocité ne se limite pas à des causes précises. Elle concerne la relation que nous entretenons les uns avec les autres.

« Nous faisons tous partie de la nature. À l’état naturel, quelles que soient notre origine ethnique, nos richesses ou notre condition sociale, nous sommes tous des êtres humains à part entière », mentionne Kevin Loring, directeur artistique de Savage Society.

Je n’ai pas été élevée dans l’idée que ma responsabilité s’étend sur sept générations. C’est quelque chose que j’apprends en ce moment, comme beaucoup d’entre nous : en m’inspirant de ceux qui n’ont jamais cessé de rendre hommage au passé et de préparer la voie pour l’avenir.

Selon moi, le don testamentaire est l’un des moyens les plus évidents de concilier ces deux aspects.

Dois-je être riche pour faire un don par testament à un organisme de bienfaisance?

Non. La plupart des dons testamentaires correspondent à un pourcentage de la succession, et non à un montant fixe. Leur valeur varie donc en fonction des avoirs, sans minimum.

Puis-je soutenir une cause qui me tient à cœur et léguer ce que j’avais prévu à ma famille?

Oui. Un don de bienfaisance ne se fait pas au détriment de la famille. Il s’agit simplement d’un autre bénéficiaire, aux côtés de vos proches. Vous léguez la part qui vous convient.

Comment puis-je savoir s’il s’agit d’un organisme autochtone?

Vérifiez que ce sont des Autochtones qui siègent à la direction et prennent les décisions. Le fait d’offrir des services aux communautés autochtones ne suffit pas. Le cadre I4DM du Circle on Philanthropy[PCM1]  constitue une bonne référence pour comprendre cette distinction.

Les projets menés par des Autochtones ne s’adressent pas uniquement à ces communautés. En effet, les organismes jouent un rôle de premier plan sur des questions comme les solutions climatiques, la santé et le bien-être, les programmes destinés aux jeunes, ainsi que la préservation de la langue et de la culture, un travail qui profite à tout le monde. Découvrez les organismes autochtones partenaires sur le site de Volonté de faire.

J’ai déjà rédigé mon testament. Comment puis-je y ajouter un organisme de bienfaisance?

Vous n’avez pas besoin de refaire votre testament. Il vous suffit de dire à votre conseiller ou conseillère juridique que vous souhaitez désigner un organisme. Vous pouvez modifier votre testament en tout temps en faisant part de vos volontés à la personne qui a rédigé le document.

Laurie Fox est la directrice de la campagne nationale « Volonte de faire ».

Laurie Fox, MBA Laurie Fox est la directrice de la campagne « Volonté de faire ». Elle travaille dans le secteur à but non lucratif depuis plus de vingt ans, aidant les donateurs à donner de manière plus stratégique aux causes qui leur tiennent à cœur. Au fil des ans, Laurie a vu s’accroître les besoins de nos communautés et dans l’ensemble du pays. Elle a aussi été témoin de personnes ordinaires qui ont légué ne serait-ce qu’une petite partie de leur succession à une cause qui leur tenait à cœur — et ont ainsi apporté des contributions vraiment extraordinaires. Elle s'est donné comme mission de démontrer aux gens qu’il est possible d’en faire davantage avec un don tout simplement différent.  

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